Les photos que vous n’aviez pas vues : épisode 4, le nord-est chilien

Nous basculons maintenant au Chili, le long de la frontière bolivienne, entre les deux postes frontières de Chungara et de Colchane, sur la piste A-95. Celle-ci était un peu moins difficile que celle autour du volcan Sajama, mais tout aussi belle.

Bonus : une photo du seul insecte croisé en une semaine, mais impossible à rater par la taille et la couleur !

Une énorme chenille fluorescent

Article afférent :

Petit bilan de nos deux passages au Chili

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Quelques chiffres pour commencer ce bilan de nos passage à vélo en famille au Chili :

  • 196 km au nord du pays, tout à vélo ou en poussant (+ 125 km en camion, bus et pickup pour Guillaume pour le premier ravitaillement) parcourus en 22h10, soit une vitesse moyenne faramineuse de 8,8 km/h.
  • 590 km environ en bus, entre la frontière argentine et Valparaiso, en passant par Santiago
  • 4700 m d’altitude maximum
  • 9 jours, 6 bivouacs, 2 nuits d’hôtel et 1 nuit hébergés par la douane chilienne lors de notre premier passage ; 4 nuits chez des hôtes warmshower et 3 nuits en hôtel lors de notre deuxième passage
  • 5 ravitaillements spontanés, merci aux douaniers, au camionneur, aux employés de la mine d’exploitation des salars, et aux voyageurs Suisses (et aux jeunes touristes qui ont voulu nous faire partager leur gaité ivre, mais une bière tiède, ça ne compte pas dans les ravitaillements)
  • 240€ dépensés, soit 24€/jour (dont 160€ à Colchane pour les 2 jours d’hôtel avec les repas, le médecin et les antibiotiques…) lors de notre premier passage… pour le deuxième, nous n’avons pas compté 🙂

Ce qu’on n’a pas aimé :

  • l’absence de distributeur de billets ailleurs que dans les grandes villes
  • l’absence de véritable tienda sur notre trajet au nord du pays

Ce qu’on a aimé :

  • le Chili
  • l’accueil chaleureux des Chiliens, et leur générosité
  • les paysages magnifiques et changeants, entre déserts, volcans et vallées humides
  • les animaux nombreux qu’on a pu apercevoir
  • le climat plus chaud de ce côté de la frontière, et beaucoup plus vert près de Santiago
  • les eaux chaudes
  • les pistes bien entretenues
  • les poubelles rencontrées régulièrement
  • l’absence de déchets partout
  • la ville de Santiago, et son musée des sciences très chouette pour les enfants
  • le musée d’histoire naturelle de Valparaiso, qui a une super muséographie
  • le Chili

Les animaux rencontrés :

  • des vigognes (on ne s’en lasse pas !), des viscaches pas farouches, des lamas et alpagas, des moutons
  • des nandous, des flamants roses de plusieurs espèces, un ou deux condors, des ibis noirs, des sortes de mouettes, des oies, des canards, et plein d’autres oiseaux
  • assez peu d’insectes

Ce qu’on a mangé :

  • un peu toujours la même chose, autonomie oblige, avec beaucoup de pâtes à la sauce tomate et de purées instantanées, quelques avocats et tomates pour les salades du midi, du quatre quart de la cantine du salar, et du pain noir allemand d’Uruguay, donné par des Suisses lors de notre premier passage ; des empanadas bien moins bonnes que les argentines, un bon ceviche à Valparaiso, et pas mal de repas cuisinés comme à la maison, avec plein de légumes, chez nos hôtes à Santiago.

Bilan santé :

  • une otite carabinée pour Marie

Bilan matériel :

  • les tissus de la carriole ont été un peu malmenés lors des transferts en bus.

Ces deux semaines passées à vélo en famille dans deux régions différentes du Chili nous donnent vraiment envie de revenir découvrir le reste du pays, magnifique et accueillant.

Valparaiso : la ville Elmer

Nous consacrons les quelques jours qu’il nous reste à visiter Valparaiso, en laissant les vélos à Santiago. Nous y retrouvons avec plaisir l’océan Pacifique, aperçu pour la dernière fois à Paracas, il y a bientôt 5 mois, mais sous les nuages cette fois-ci.

Les multiples cerros de la ville sont tels qu’on nous les avait décrits : un patchwork coloré avec le vert de la végétation et les couleurs vives des maisons qui s’y accrochent.

À ce patchwork des cerros répond celui des containers des cargos du port dans la ville basse.

La ville haute des cerros est assez tranquille, zone d’habitation et touristique, surtout le Cerro Allegre. La ville basse est plus fourmilière, c’est la zone active de la ville entre les multiples commerces, l’imposant port, et la partie city avec les banques et administrations (notamment la marine chilienne).

Jolie fusion architecturale entre les murs du vieux bâtiment et la tour en verre à l’intérieur

La ville basse et le port

Le port

Nous prenons le temps de déambuler dans les rues, d’y découvrir les multiples tags. Il y a un parcours dans la ville autour de peintures murales modernes, qui nous ont laissés de marbre… nous préférons les nombreux tags non organisés, plus naïfs.

En plus des tags, les combis sont légion ici

Et aussi le délabrement de nombreux immeubles.

Nous faisons aussi un tour au très bon musée des sciences naturelles, et visitons une des maisons de Pablo Neruda.

La jolie vue depuis la maison de Pablo Neruda

Et n’oublions pas les déplacements en funiculaire !

Santiago du Chili : ville toute en hauteurs dans un écrin montagneux

Nous découvrons d’abord Santiago à vélo en la traversant pour rejoindre nos supers hôtes Warmshower. Il y a un nombre incroyable de cyclistes, mais certains détails ne trompent pas : comme dans beaucoup de villes occidentales asphyxiées par leur trafic automobile, les cyclistes manquent de place par rapport aux automobiles immobiles… mais nous sommes quand même en Amérique du Sud, la cohabitation est (relativement) tranquille ! Les aménagements cyclables sont très nombreux, mais, comme en France, ils n’ont pas été pensés par et pour les cyclistes, juste pour faire bien sur un bilan : aucune continuité, signalisation aléatoire, largeur variable, pistes sur trottoir, etc…

Malgré tout nous prenons beaucoup de plaisir à y rouler, nous nous sentons dans notre élément 😉. Notre première impression est celle d’une ville d’Amérique du Nord (même si nous ne connaissons pas l’Amérique du Nord) : très larges rues, hauts immeubles, énormes publicités partout et des mall tous les kilomètres. 

Des immeubles, et les pré-Andes

Vue depuis le cerro Santa Lucia, dans le centre

Larges routes, grandes tours

Nous apprécions la forme de poésie de cette ville : lorsque depuis le métro en périphérie nous observons la forêt de tours de la ville luire au coucher du soleil, les Andes enneigées en fond, ou bien lorsque nous nous promenons dans le centre où les édifices coloniaux côtoient les bâtiments ultra-modernes (les tremblements de terre ont permis de renouveler les bâtiments et de mélanger les styles au travers des années) dans une harmonieuse anarchie. Les grandes tours vitrées nous projettent souvent dans l’univers de nombreux films ou animes d’anticipation.

Plaza del armas

Palais de justice

Rue piétonne

L’historique palais de la moneda

Rue de Londres

Les enfants apprécient beaucoup de jouer chez Hélène, Dave et Tobias, nos hôtes, alors nous partageons notre temps entre les visites et le temps à la maison. Nous passons une très bonne après-midi au MIM où petits et grands touchent, testent et expérimentent tout.

Un peu d’orgue de barbarie

On ne peut pas s’empêcher de pédaler

Bulles de savon géantes

Lit version fakir

La maîtrise de la force s’apprend jeune

Congelés dans la carbonite

Nous visitons également le musée précolombien, aux très jolies collections, mais un peu trop étendues géographiquement pour nous : du Mexique jusqu’en Patagonie.

Stèles mapuches

Dimanche 21 août, nous enfourchons les vélos pour nous promener sur la CicloRecreoVia, qui fête ses 10 ans : une partie des rues de Providencia et de Las Condes sont fermées aux véhicules motorisés tous les dimanches matins. 

Providencia

Il y a beaucoup de monde, cyclistes sportifs ou en famille, et des ateliers location, réparation, massages, etc tout le long. C’est super sympa ! Cela nous mène jusqu’au cerro San Cristóbal où, entre deux pauses photos, nous prenons un malin plaisir à doubler tout le monde avec notre cargaison d’enfants, grâce à nos globules rouges dopés à l’altitude des mois précédents (il y a 200m de dénivelée à vélo depuis l’entrée du cerro).

Providencia

Puisqu’on vous dit qu’on y était 😉

On finit tranquillement la journée en démontant et empaquetant les vélos dans les cartons qu’on a facilement trouvé quelques jours auparavant.

Démontage en cours

Nous voilà prêts pour le retour en France, il va falloir occuper les quelques jours à venir….

De San Agustín del Valle Fértil à Santiago du Chili : bus, bus, bus et balades en ville

La partie cycliste de notre voyage a du plomb dans l’aile : afin d’avoir du temps pour déambuler dans les différentes villes que nous allons traverser pour rejoindre Santiago du Chili d’ici à notre vol retour fin août, nous avons décidé de remiser nos vélos dans des soutes de bus. La décision n’a pas été évidente à prendre, surtout faire une croix sur la dernière traversée des Andes et le passage au pied de l’Aconcagua… cependant, aussi haut et aussi au Sud, l’hiver est nettement moins clément (ambiance station de ski en hiver au tunnel à 3200 m d’altitude). Et puis changer un peu de rythme avant le retour, prendre un peu de “vacances” nous tentait bien.

San Juan, rien à voir, circulez

Nous parcourons donc les 220 km entre San Agustín del Valle Fértil et San Juan en bus, en 4h. La route présente de longue lignes droites encore, mais avec plus de végétation, et de jolis contreforts montagneux assez proches. À San Juan, nous perdons 45 min à essayer de prendre nos billets pour le lendemain pour Mendoza, mais entre les tarifs qui varient et l’impossibilité de savoir s’il est possible de mettre les vélos ou pas, nous décidons de remettre ça au dernier moment. Nous tournons ensuite dans la ville comme des âmes en peine pour trouver un hébergement : entre les auberges de jeunesse transformées en maison de retraite, celles qui ne répondent pas, et les hôtels complets (week-end du 15 août), nous atterrissons dans un hôtel à l’accueil très sympathique, mais vraiment miteux.

Nous errons ensuite à nouveau dans les rues pour trouver un restaurant : la très bonne pizzeria qu’on nous a conseillée n’ouvre qu’à 21h, et nous ne trouvons rien à plusieurs quadras à la ronde (enfin, au carré plutôt). Dans les larges rues faiblement éclairées, parsemées de platanes sans feuilles, et où tout est fermé, les gens errent comme des zombies, un peu comme nous en fait. Nous finirons dans la pizzeria précitée, qui est vraiment bonne.

Le lendemain nous parcourons le centre de San Juan : nous sommes dimanche, le week-end du 15 août, tout est fermé, la ville déserte. Le plan de la ville est quadrillé, les bâtiments bas et les rues larges à cause du risque sismique, et les rues sont bordées d’arbres, certainement pour tempérer la ville en été (il fait déjà chaud et humide en hiver). En plus des arbres dans les rues, il y a plusieurs places ombragées et avec une belle pelouse, comme assez souvent dans les villes argentines. Nous ne trouvons aucun charme à cette ville, même si elle ne paraît pas désagréable à vivre. Les plus beaux bâtiments que nous croisons sont ceux du club espagnol, et du club libanais (inutile de poser la question, nous ne savons pas ce que sont ces clubs).

Sur la place principale de San Juan

Après ce petit tour, cap sur la gare routière où nous attrapons le premier bus pour Mendoza, qui part immédiatement. En 5 min les billets sont achetés, et les vélos et les sacoches dans les soutes (sans supplément cette fois-ci) après accord du chauffeur. On aime beaucoup le nom de la compagnie de bus : “Del Sur y Media Agua”. 2h pour tard, nous voilà à Mendoza.

Mendoza : on aurait pu l’appeler San Martin

La gare étant plutôt déserte, nous ne cherchons même pas à prendre nos billets pour Santiago et partons vers le centre. Entre-temps, quelqu’un qui trouve ce qu’on fait formidable nous glisse quelques billets… pourtant nos habits sont propres aujourd’hui et nous a vons pris une douche hier 😕… Nous nous payerons des glaces avec 😋. Nous découvrirons d’ailleurs au hasard d’un retrait l’existence de billets de 500 $Ar : si on avait pu en avoir plus souvent plutôt que de se traîner des liasses de billets de 100 (~7€) !

Le graal pour s’alléger les poches

Les rues sont plutôt vides, les magasins fermés : c’est agréable car au vu du nombre de magasins, de l’organisation des rues et de la taille de la ville cela doit souvent être très animé ici ! Le petit jeu de chasse à l’hôtel recommence : hôtels sympas et auberges de jeunesse pleins, fermés pour travaux, qui n’acceptent pas les enfants, ou bien trop chers pour notre budget de cyclistes (quand on a l’habitude de dormir en tente, difficile de mettre cher juste pour avoir un vrai lit… et nous préférons garder cet argent pour de bons restos). Nous finissons par trouver un hôtel un peu défraîchi mais bien placé. Nous découvrirons d’ailleurs que cet hôtel aurait un très gros potentiel après une grosse réfection : il est bien conçu, avec de bons volumes et un chouette aménagement. Il y a même une piscine au sous-sol, dont nous profiterons. Il y eut même un sauna, mais en panne faute d’entretien sérieux…

C’est dur de laisser les vélos au garage…

Nous sommes ébahis par le très grand nombre d’hôtels, boutiques et restaurants (surtout parrillada et fast-food) dans le centre de Mendoza : c’est un centre commercial à ciel ouvert. Comme à San Juan les rues sont très larges et ombragées, avec une multitude de places. Les bâtiments sont par contre plus hauts et l’architecture plus intéressante.

Basilique San Francisco

Place San Martin

Passage San Martín

Place España

Jeux…

… et peinture sur les places

Des canaux d’irrigation parcourent la ville

Des pistes cyclables !

Après une première journée consacrée à une petite balade dans la ville et à une bonne sieste, suivie d’un très bon restaurant, nous reprenons les vélos (quand même) le lendemain pour explorer les environs de la ville du côté de Maipú (petite promenade de 60 km 😁). Nous traversons des zones urbaines, des vergers en fleurs (ici, c’est déjà le printemps, ça n’a pas échappé aux sinus de Marie), des plantations d’oliviers, et des vignes.

Arbres fruitiers en fleur !

Au milieu des oliviers

Oliviers et vignes

Nous visitons une bodega qui produit de très bons vins : en plus d’avoir été accueillis avec un vin rouge léger et fruité, nos palais trouvent ici les vins que nous cherchions depuis le début en Argentine… Bref, la bodega Cecchin, c’est une bonne adresse 😉. Nous finissons notre balade par la visite d’une fabrique d’huile d’olive.

La ville grignote beaucoup les vignes de ce côté, et nous verrons en repartant de Mendoza que pour voir les paysages de carte postale il aurait mieux fallu aller vers Luján de Cuyo.

Pour notre dernier jour à Mendoza, nous pédalons encore un peu jusqu’au parc General San Martin et au cerro gloria, avec son monument à l’indépendance des Andes (celui des billets de 5$Ar), le 17 août, jour anniversaire de l’événement en question, et sa vue sur la ville.

Parc à la française

Le monument au sommet du cerro gloria

Dans le parc San Martin

Le lac du parc

L’après-midi, nous allons rendre visite aux serpents et araignées du serpentarium, dont les conditions de vie sont vraiment déplorables, ainsi qu’aux poissons et à la pauvre tortue de l’aquarium. Les enfants apprécient la visite, les parents un peu moins. Et nous finissons la soirée avec une glace, comme d’habitude (à l’argentine, en pot au poids) 😅.

Bus + vélos = stress

Le lendemain, nous partons confiants vers la gare routière, on nous avait conseillé deux jours auparavant de prendre nos billets au dernier moment pour choisir le bus le moins plein, avec le plus de place dans les soutes pour accueillir nos vélos.

Mais au moment d’acheter nos billets, plusieurs compagnies nous annoncent qu’il n’est absolument pas possible de voyager avec les vélos, ou alors démontés et en carton… On tente notre chance avec une autre compagnie, qui nous dit de demander au chauffeur… qui lui aussi refuse. Mais Guillaume ne se laisse pas démonter, il insiste et négocie avec le chauffeur et la personne qui charge les bagages dans le bus (qui a intérêt à ce qu’on embarque, vu le joli pourboire possible pour les vélos)… 10 min avant le départ, voyant que les 2/3 des soutes sont vides et qu’il reste pas mal de places dans le bus, nos vélos finissent par être chargés dans les soutes, et nous voilà en route pour le Chili, ouf ! Trop de stress, il n’est que 8h30 mais nous sommes épuisés !

Une si belle route

La route est magnifique, on traverse des vignobles avant de monter doucement dans des montagnes arides et colorées, puis de rejoindre les Andes enneigées.

Pour passer la frontière après le tunnel international, nous attendons notre tour dans le bus pendant plus d’une heure, dans un décor de station de ski (en fait il y a des stations de part et d’autre de la frontière). Les formalités de sortie d’Argentine puis d’entrée au Chili sont ensuite très rapides, quand au contrôle des bagages… les douaniers jettent un œil à notre tas de vélos et sacoches, et ne contrôlent rien du tout (pourtant tous les autres bagages des autres passagers sont passés au scanner).
La descente vers Santiago du Chili est très impressionnante, avec une série de lacets serrés dans une pente forte, dans des paysages de haute montagne. Un peu plus bas, nous sommes frappés par l’abondance de la végétation. Après les hauts plateaux et les déserts argentins, que de verdure ! Nous arrivons ensuite assez vite à la capitale, et après une bonne heure de vélo, et une rencontre avec un voyageur polonais, nous arrivons chez nos hôtes Warmshower.

De Sajama à Colchane : péripéties chiliennes

Nous repartons mercredi 8 juin de Sajama pour franchir la frontière, confiants… Hélas la piste de sortie du Sajama qu’on nous avait indiquée comme bonne est à peine meilleure que les autres du parc… au moins descend-elle globalement pour nous.
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Arrivés au bout, nous avons une mauvaise surprise au poste de contrôle : l’entrée du parc a augmenté cette année de 40 à 100 bolivianos par personne, et évidemment il n’y a aucune indication du prix aux autres entrées du parc sans poste de contrôle. On discute avec le gardien et il ne nous fait payer qu’une seule entrée, ça soulage nos réserves de liquide même si c’est moche de marchander l’entrée (plutôt la sortie) d’un parc.

Nous retrouvons alors l’asphalte bien-aimé, pour rejoindre Tambo Quemado. La longue ligne droite est interminable, surtout que le vent se lève encore aujourd’hui tôt et fort et que le soleil est voilé. De part et d’autre des oiseaux, dont des flamands roses, font du patin à glace sur les lagunes gelées. Nous pique-niquons avant Tambo Quemado puis nous attaquons le deuxième marchandage de la journée : arriver à infléchir le pompiste de Tambo Quemado pour nous remplir notre bidoncito… à coup de vida o muerte et en payant le prix fort nous gagnons notre autonomie en carburant malgré les “es prohibido” (et encore, nous ne lui avons pas demandé de remplir notre réserve spéciale carburant de mauvaise qualité : une petite bouteille de coca pleine d’essence dans la carriole). Nous essayons également de compléter nos sacoches (après avoir dépouillé les tienda de Sajama), mais les tienda boliviennes sont décidément bien mal fournies.

Et la journée n’est pas finie : devant nous s’étirent 7 km de montée, avec un col à 4700 m, frontière avec le Chili. Petit rappel des conditions météo : ciel voilé et fort vent… de face. Il nous faudra plusieurs heures pour y arriver, en pestant et poussant les vélos. Cassandre finira dans la carriole, Guillaume finissant le col en pédalant (il n’est possible de déplacer la carriole avec deux enfants et le plein de provisions qu’en pédalant), heureusement que l’altitude ne nous dérange plus !

C’est frigorifiés et sur le tard que nous basculons au Chili, où nous avons instantanément le même sentiment : nous nous y sentons comme à la maison. 200 m plus bas, nous croisons un troupeau de suris, nom local du nandou, et de vigognes, puis nous dépassons la longue file de camions pour arriver au complexe frontalier (un nouveau est en construction au col, pour fin juillet).
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Tampons de sortie de Bolivie, puis formalités chiliennes : immigration, contrôle des bagages par la SAG (ministère de l’agriculture) et enfin déclaration de nos vélos. Le personnel chilien est très sympathique, nous discutons beaucoup malgré la présence de nombreux cars, où tous les passagers passent en même temps. Concernant la nourriture, ils veulent surtout empêcher l’entrée de produits frais (à cause de la mouche du fruit notamment) et graines non sèches (ils contrôleront nos quinoas et pois cassés vus au scanner). Comme il fait déjà nuit nous leur demandons s’il est possible de dormir ici, il n’y a aucun problème. Après une si longue journée c’est même encore mieux : nos vélos couchent dans le garage des carabiniers, nous dormons dans une chambre chauffée des locaux de la SAG dont le personnel nous invite à manger avec eux, au coin d’un poêle. Nous passons une super soirée ! Et une très bonne nuit alors que le thermomètre descend à -19°C dehors.

Le lendemain, Guillaume part en mission ravitaillement : nous avons beau avoir changé nos dollars, ça pourrait être un peu juste, et il nous faut des produits frais et compléter ce que nous n’avons pas trouvé en Bolivie. À l’ouverture de la frontière, c’est en stop qu’il descend à Putre à 60 km de là, en camion puis camionnette. Ce fut une agréable rencontre avec un de ces nombreux camionneurs boliviens qui font des allers-retours jusqu’à la mer avec les containers.
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Contre toute attente, il parvient à retirer une seule fois 100 000 $ (chiliens 😉) au capricieux DAB de Putre. Quelques courses plus tard et c’est chargé de sacs qu’il attrape un bus pour le retour. Pendant ce temps Marie, Cassandre et Hector ont profité du temps clément autour de la lagune pour observer les traces d’animaux (et membres d’animaux morts), et marcher sur la glace.
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Tout s’est passé comme sur des roulettes et à 14h30 nous sommes prêts à partir, sacs étanches pleins de nourriture et poches à eau remplies à rabord formant des excroissances sur les vélos. Un dernier au revoir aux différents douaniers nous ayant si bien accueillis et nous filons sur l’A-95.
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Enfin… filer… Nous poussons plutôt. Nous mettons 2 h pour parcourir dans le sable les 5 premiers kilomètres jusqu’à un col à 4700 m, puis 15 min pour les 5 suivants jusqu’aux thermes de Churiguaya. Elles sont bouillantes, nous en profitons le soir avant le repas, et le lendemain pendant le petit-déjeuner. Nous avons planté la tente dans un petit cirque qui nous protège du froid glacial de la nuit, alors que le ruisseau en amont de la source chaude est entièrement gelé au matin.
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Après nous être bien réchauffés aux thermes, nous pédalons dans les collines du parc Las Vicunas, franchissons quelques gués gelés, tenons compagnie aux vigognes et observons le volcan Guallatiri qui fume.
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Notre pause de midi, à côté d’une patte de suri, sera agrémentée du survol d’un condor. Nous rejoignons ensuite une piste plus large parcourue par les camions allant au salar de Surire.
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Il y a pas mal de sable, nous poussons encore un peu. Nous posons la tente avant Guallatire, près de jolis rochers sortant çà et là de la pampa.

Réveil matinal samedi 11 juin par le ballet des camions. Nous prenons un deuxième petit déjeuner à l’hospedaje de Guallatire, village quasi désert au pied du volcan du (presque) même nom. C’est le seul commerce du village, nous dévalisons leurs 3 paquets de gâteaux et quémandons un peu de ce pain frit du petit-déjeuner. Les enfants jouent un peu sur des jeux rouillés tout en observant les fumerolles sur les pentes du volcan.
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Nous repartons tardivement, mais la route est bonne. De l’eau et un peu de végétation apparaissent au creux d’une vallée, c’est agréable. Tout autour c’est le royaume du minéral : sables et roches grises, jaunes, blanches, rouges, dans lesquels nous replongeons rapidement.
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À la pause de midi plusieurs voitures de carabiniers s’arrêtent, très impressionnants avec leurs gilets pare-balles et leurs fusils d’assaut. Certains nous proposent même de nous emmener jusqu’au salar (25 km), mais confiants suite au rythme de la matinée, nous refusons. C’est une erreur que nous regretterons toute l’après-midi tant la partie sableuse que nous venions de commencer nous ralentira. Malgré les encouragements des camionneurs, dont un nous donne une pomme bien appréciée, nous ne parcourons que 10 km avant de poser le camp, démoralisés, à côté d’une petite cabane.

Le lendemain matin, nous avons droit à un réveil pour nous apporter le petit-déjeuner au lit : à 7 h un pickup de l’exploitation du salar s’arrête et on nous dépose gâteaux et sandwichs… royal ! Nous pédalons ensuite sur une bonne piste et les 15 derniers kilomètres sont vite parcourus.
Devant nous s’étend maintenant le salar de Surire, avec ses zones sèches, exploitées, et ses zones humides, refuges de volatiles.
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Nous pique-niquons en face du site de chargement des camions puis Marie et Cassandre vont chercher de l’eau aux baraquements… si nous ne venions pas de manger nous aurions pu déjeuner là-bas ! Elles avalent deux desserts supplémentaires puis reviennent chargées d’eau, de fruits et de gâteaux. Les Chiliens sont décidément d’une très grande générosité. Nous contournons le salar par le Sud.
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La piste est bonne jusqu’au refuge Conaf. Le gardien n’y est pas, contrairement aux viscaches, peu farouches, au grand bonheur de Cassandre. Plutôt que d’attendre le gardien, nous décidons de continuer pendant encore 1h pour nous rapprocher des thermes de Polloquere, 20 km plus loin. Nous ne parcourons que 5 km sur de la calamina très sableuse avant de poser la tente au milieu des vigognes et d’aller voir les flamands roses en bord de lagune au coucher du soleil.
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La nuit n’est pas froide et le repliage du camp beaucoup plus efficace ! Nous repartons sur 15 km de calamiteuse calamina. Marie et Cassandre arrivent assez souvent à trouver un passage, mais pour Guillaume et la carriole, trouver 3 passages séparés de 45 cm pour faire passer toutes les roues relève de la gageure. Il reste donc au choix : pousser à 3-4 km/h, ou quand la tôle ondulée ne dépasse pas quelques centimètres rejouer Le salaire de la peur. Nous arrivons aux thermes de Polloquere pour midi où nous rencontrons un couple de Suisses vivant en Australie, en Amérique du Sud depuis 2 ans et ici depuis 4 jours dans leur camion aménagé. Ils nous ravitaillent en pain brun allemand, miam (acheté en Uruguay… vous avez suivi ?) ! Après un pique-nique à l’abri du vent, nous allons tremper les jambes dans le bleu des thermes, qui tourne au gris car nous soulevons la vase bouillante.
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Nous repartons à 14h et poussons dans le petit col qui nous amène en Bolivie pour quelques kilomètres… le hasard des limites géographiques ! Nous bivouaquons sur une lagune asséchée dont le blanc de la terre craquelée et les cailloux noirs donnent un aspect lunaire à la lumière de la lune et des étoiles.

Mardi 14 juin, nous rentrons dans le parc Volcan Isluga. C’est à nouveau désertique, mais nous sommes entourés de volcans, c’est très impressionnant. La piste est inégale, il faut encore parfois pousser. À quelques endroits nous passons sur de la poussière grise légèrement croûtée, mais qui s’envole instantanément comme de la farine, c’est étrange.
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Un peu plus loin nous suivons des quebradas : cours d’eau encaissés où tout est vert (et jaune) et où pullulent des oiseaux.
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Un éleveur de lamas et d’alpagas vient en bord de route pour discuter avec nous, il a l’air tellement heureux ici. Nous bivouaquons à côté d’un point de vue sur la vallée en contrebas, au milieu d’arbres rouge sang, on se croirait dans La guerre des mondes. La végétation luxuriante à cet endroit était un bon indice : nous passons une très bonne nuit chaude.

Nous travaillons l’équilibre dans la descente des hauteurs des quebradas sur les pistes sableuses : à 40 km/h quand ça glisse ou que ça tape, c’est à coup de bassin qu’il faut maintenir la trajectoire.
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En bas, dans la vallée jaunie, il fait froid. La plupart des villages sont déserts, avec beaucoup de maisons en ruines. Avec les silhouettes imposantes des volcans nous entourant, cela fait un peu décor de fin du monde. La piste est très bonne dans la vallée et nous retrouvons rapidement la civilisation en traversant Enquelga et Isluga (que les villages perdus ici paraissent modernes avec leurs chauffe-eaux solaires et compagnie, comparés aux villages du Pérou et de la Bolivie).

Nous arrivons à Colchane mercredi 15 juin en début d’après-midi, cela faisait longtemps que nous n’avions pas parcouru aussi rapidement 35 km. Nous y posons nos sacoches 2 nuits, c’est tout ce que nos réserves de pesos nous permettent, mais Marie en a bien besoin pour se remettre d’une otite carabinée (après la policlinica péruvienne, nous avons la joie de tester le centro de salud chilien, avec son médecin de campagne débordé). À 2 km de la frontière, entouré de volcans et avec son vieux poste frontière (chouette, une possibilité d’urbex !) l’ambiance à Colchane n’est pas si étrange et les enfants profitent des jeux tout neufs installés sur la place principale.

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