Les photos que vous n’aviez pas vues : épisode 5, Bolivie, le retour

Au programme : deux salars, beaucoup de sable et quelques villes pour ce retour en Bolivie après le détour chilien. Toujours une photo par jour, toujours aussi difficile de choisir.

Bonus : notre voie lactée surplombant les cactus de l’île Incahuasi (avec beaucoup de bruit chromatique tout de même).

2016-06-22 Notre voie lactée

Et nous avons mis à jour la carte du trajet avec le trajet que nous avons parcouru, et nos différents lieux de bivouacs ou hôtels.

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Les photos que vous n’aviez pas vues : épisode 3, la Bolivie

Nous vous proposons de nous accompagner en Bolivie, de notre entrée sur les rives du lac Titicaca, jusqu’à la frontière avec le Chili à côté du parc du Sajama, avec un détour par la capitale La Paz.

Beaucoup de souvenirs et d’émotions fortes sont revenus en revoyant les photos de notre passage autour du Sajama, de Patacamaya jusqu’au Chili. Ce fût une plongée dans les grands espaces, immenses, infinis, mais tellement majestueux. Et même si le tour du Sajama est une des pistes les plus dures que nous avons empruntées, c’est une des plus belles.

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Petit bilan de notre passage en Bolivie 

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Comme d’habitude, on commence avec les chiffres de notre traversée andine de la Bolivie à vélo en famille :

  • 739 km pédalés en 71 h
  • 13,1 km/h de moyenne
  • 5798 m de dénivelé ascendant
  • 6135 m de dénivelé descendant
  • 4700 m d’altitude maximale
  • 60 km/h de vitesse maximale
  • 33 jours, 12 bivouacs, 19 nuits d’hôtel (dont 5 à la casa de ciclistas de La Paz), 1 nuit dans le bus, 1 nuit dans le train
  • 722 km en bus
  • 295 km en train
  • 2010 € dépensés, soit 61 € par jour (essentiellement dépensés à partir d’Uyuni, pour notre semaine à Sucre et Potosí).

Globalement, on a trouvé la Bolivie plutôt plus chère que le Pérou : la nourriture et les restaurants sont à peu près au même prix, mais l’hébergement est plus cher (effet des zones plus touristiques qu’on a visitées en Bolivie, alors qu’au Pérou nous étions souvent un peu plus loin des circuits touristiques classiques ?) et de moins bonne qualité.

Ce qu’on n’a pas trop aimé :

  • le sable omniprésent sur les pistes, alors que quelques km plus loin, de l’autre côté de la frontière, les pistes étaient régulièrement passées à la niveleuse, et la quantité de sable bien moindre
  • le contact indifférent et pas chaleureux des Boliviens, pas un mot gentil à notre passage (les voitures changeaient carrément de piste pour nous éviter), il y a même certains endroits où on avait l’impression d’agresser les gens quand on leur parlait. Il y a eu des exceptions bien sûr, mais globalement on a trouvé que les Boliviens ne se montraient sympathiques que lorsqu’il y avait de l’argent en jeu, et une fois l’argent changé de main, ou bien si on ne voulait pas, retour du contact limite désagréable.
  • les déchets, partout, les sacs plastiques emportés par le vent accrochés sur les rares plantes, les couches partout (ça motive à réduire encore plus nos déchets sur la route et à notre retour)
  • le vent, tous les jours, qui se lève le matin, et forcit autour de midi, surtout dans le parc du Sajama

Ce qu’on a aimé :

  • les villes : La Paz, Potosí, Sucre… enfin les centres villes, très animés (contrairement au Pérou où les villes sont à peu près aussi développées que les campagnes, ici les villages ne sont pas développés, mais les villes quasiment comme les villes occidentales)
  • l’Isla del Sol, sur le lac Titicaca
  • les paysages autour du volcan Sajama
  • les salars, déserts impressionnants
  • prendre le train, pour Cassandre
  • prendre le bus, pour Hector
  • le vin de Tarija, pour Marie et Guillaume

Les animaux rencontrés :

  • un tatou, des vigognes, et toujours des lamas, des alpagas, des moutons, des vaches, des cochons et quelques chèvres, et beaucoup de chiens, moins agressifs qu’au Pérou (que ce soit au Pérou, en Bolivie ou en Argentine, il y a beaucoup de chiens errants, que les gens nourrissent…)
  • des perroquets verts

Ça qu’on a mangé en Bolivie :

  • du pop corn
  • beaucoup de chocolat à Sucre
  • des truites près du lac Titicaca
  • de la purée instantanée et du riz trop cuit au restaurant 😕
  • des pâtes au thon et à la sauce tomate en bivouac, et du pain au thon et à la tomate fraîche (voire congelée) en pique-nique
  • de la purée instantanée bien meilleure, avec des oignons, en bivouac

Bilan matériel :

Le matelas d’Hector avait un petit trou, nous l’avons réparé avec le kit Thermarest ; par contre, pour un des oreillers Decathlon,  nous n’avons rien pu faire, il se dégonfle dans la nuit.

Bilan santé :

Quelques jours de “désagréments digestifs” pour Guillaume et Hector.

De Uyuni à Purmamarca : premiers tours de roue en Argentine

Oui, rassurez-vous, Uyuni est bien en Bolivie ! Mais comme nous avons fait le trajet Uyuni-Villazón en train de nuit, ces presque 300 km ne comptent presque pas pour nous.

Et c’est donc après une nuit de train plutôt confortable (en classe ejecutivo s’il vous plaît !) que nous arrivons à Villazón, à 7h du matin. Les vélos ont eux voyagé confortablement dans leur wagon de fret (pour la modique somme de 1 boliviano le kg). Qu’il fait froid en sortant du train ! Nous mettons les enfants à l’abri dans la carriole et nous mettons en quête d’un restaurant pour un petit-déjeuner… que nous ne trouverons pas. À Villazón on peut changer 40 fois son argent, mais pas manger à 7h du matin. Pour le change, ça tombe bien, on a 4000 bolivianos à changer en prévision de l’Argentine où il n’y a pas de bureau de change, et où il faut faire la queue pour des retraits avec des commissions exorbitantes.

Nous nous dirigeons donc vers le poste frontière, où il y a la queue… une première fois pour sortir de la Bolivie, puis une deuxième fois pour entrer en Argentine. Au bout de deux heures, deux tampons et un passage des sacoches au scanner, nous voilà en Argentine. Choc linguistique : il y a maintenant des “ch” partout, et les argentins parlent vite en mâchant les mots, et avec un vocabulaire différent… il nous faut (presque) tout réapprendre. 

C’est touristique, mais amusant ces panneaux

Une pause jus d’orange, puis une pause viennoiseries (ici, les croissants sont petits et s’appellent medialunas, miam), nous tournons dans le centre de La Quiaca pour chercher un hôtel. Celui que nous avions repéré est fermé, nous mangeons des empanadas avant d’aller faire la sieste dans un autre hôtel pour récupérer des deux nuits de transport.

Premiers empanadas !

Quelques courses, quelques parties de Uno (un Uno dinosaures acheté à Sucre), un repas médiocre au restaurant, et au lit.

Notre hôtel faisant aussi panaderia et pastelleria, le petit-déjeuner est plutôt pas mal. Nous faisons le plein de pain et viennoiseries, d’essence pour le réchaud, et nous nous élançons sur le début de la célèbre route 40 (et oui, nous en avions assez de la piste en Bolivie, mais finalement, nous repartons sur la piste en Argentine), c’est amusant de voir des bornes kilométriques avec plus de 5000 km. Nous avons décidé au dernier moment d’aller voir la lagune de Pozuelos, ce qui nous rajoute 70km, mais évite 70km de pampa jusqu’à Abra Pampa sur la route 9.

La piste est bonne, nous avons un compagnon de voyage canin très sympathique depuis la sortie de La Quiaca, qui cherche à mordre le pare-choc de toutes les voitures, et gambade tranquillement à nos côtés. Et nous attend régulièrement, car avec le vent de face qui s’est levé dans l’après-midi, on ne va pas assez vite pour lui. Les paysages sont désertiques, avec de grands canyons au loin. 

Les petites montées et descentes s’enchaînent, et au détour de certaines descentes nous découvrons des rios, oasis de vie avec arbres, habitations et troupeaux. Cela change des herbes jaune vif, pourtant très jolies sur ces terres minérales. Notre compagnon à 4 pattes peut s’y abreuver, et tente même de s’offrir un steak de lama directement sur l’animal. Même si nous sommes désolés pour le lama, cela nous permet de voir que “quand lama en colère, lama toujours faire ainsi” : en effet un lama crache bien … et pas qu’un peu !

Puis la route se met à monter plus fort, et à louvoyer dans les sierras nous séparant de la puna et des lagunes. Hector repère tous les cactus aux alentours depuis la carriole, aux vitres pourtant fort sales. Le vent forcit et nous franchissons le col au son des grains de sable contre nos coupe-vents, en avançant entre deux rafales. Nous bivouaquons quelques kilomètres plus loin, 30 km après La Quiaca, contre des ruines, et partageons un peu de notre plat de pâtes au thon avec notre compagnon canin, piètre chasseur, qui a bien décidé que nous serons ses humains.

Tiens, un bivouac dans la pampa

La nuit ne fut pas froide, vive l’Argentine ! Le vent qui s’était tu reprend par contre de plus belle au lever du soleil… Cela n’est pas bon signe pour le reste de la journée ! Nous avançons comme nous pouvons avec ce vent de face, heureusement nous n’avons plus que du plat jusqu’à la fin de la lagune.

Petite pause à Cineguillas, pour racheter du pain, et se détendre sur la place centrale, un peu kitsch. 

Après avoir demandé conseil aux locaux, nous décidons de bifurquer plus tôt que prévu, en contournant la lagune par l’est au lieu de l’ouest dans notre plan initial, afin d’orienter le vent plus favorablement au plus vite. 

40 ou 87 ? Le vent a choisi pour nous !

Après un pique-nique à l’abri du vent dans un cimetière, nous avons parfois l’impression de voler sur la piste, poussés par le vent. La route passe loin de la lagune (2 km) et nous sommes entourés de pâturages de lamas et moutons, clôturés (nous apprendrons plus tard que cela date d’une sorte de remembrement d’il y a une quinzaine d’années, et que cela entrave énormément le déplacement des vigognes), nous avons un peu l’impression d’être enfermés. Avec le vent et les terres sèches, nous observons autour de nous la formation d’énormes nuages de sable, mais nous sommes épargnés.

Vents de sable au loin

Nous bivouaquons à côté d’une ruine, ce qui n’empêchera pas les voisins de venir s’enquérir de notre présence à la nuit tombée. Nous faisons l’aller-retour à la lagune à pied à travers les pâturages… mais arrivés au bord de la lagune, d’eau il n’y a point ! 

La lagune est bien asséchée

La lagune, très sèche après 2 années sans trop de pluie, est réduite à sa portion congrue, et l’eau s’est rétractée en quelques zones au milieu, bien loin d’où nous sommes. Nous ne verrons donc pas les nombreux oiseaux de cette lagune 😭 (et il y en a beaucoup, on l’apprendra plus tard, et il vaut vraisemblablement mieux passer par l’ouest).

Le lendemain le vent est toujours présent, encore plus fort. Cette fois-ci quelques vents de sable nous effleurent, et les plus impressionnants sont ceux, tout blancs, qui s’élèvent de la lagune. Avec les clôtures des deux côtés de la route, les ossements de lamas coincés dedans, les quelques cadavres d’animaux, et ces vents de sable, on se croirait dans Mad Max ! Nous pique-niquons à l’abri d’un arrêt de bus au croisement de la route 7 et 87. Pendant que nous reprenons des forces, le vent redouble d’intensité et nous nous faisons un peu ensabler malgré notre abri. Il faut que nous bougions d’ici, et nous décidons de rejoindre les sierras en espérant que le relief perturbera suffisamment le vent. En tenue de ninjas, nous enfourchons nos croustillants vélos beiges. Au moins, vent de dos, ça avance bien !

Après quelques kilomètres, une camionetta (c’est comme ça qu’on appelle les pickup ici) du parc national s’arrête à notre hauteur, et nous propose de nous emmener. Ils sont déjà 5 dans la voiture, mais nous assurent qu’il y a assez de place. Ni une, ni deux, nous mettons les vélos dans le coffre et nous entassons dans la voiture. Quel confort : on ne sent pas le vent et on a l’impression de voler sur la piste, on entend à peine une légère vibration sur la tôle ondulée. Même si on est vraiment serrés à 9, l’ambiance est super, surtout quand Cassandre rit aux éclats dans les montées et descentes rapprochées. Le chef de l’administration du parc nous invite même chez lui, et on passera une super fin de journée (après une douche et une lessive pour enlever les kilos de sable) à discuter de tout et de rien, et à faire des crêpes.

Ça fait du bien de cuisiner !

Le lendemain, après un rapide nettoyage des vélos et des sacoches pour s’alléger de quelques kilos de sable, nous empruntons enfin la route 9. Elle est très bonne, qu’est-ce qu’on va vite dessus ! 

Les 40 premiers kilomètres défilent vite, il fait chaud, il n’y a pas de vent et les paysages sont plutôt jolis. Le détour par la lagune de Pozuelos nous semble avoir été une bonne idée pour éviter les 70km de pampa entre La Quiaca et Abra Pampa… quand il n’y a pas de vent 😉.

En arrivant à Tres Cruces nous restons sans voix : contrairement au Pérou ou à la Bolivie où nous avions des images en tête, nous ne connaissions rien du nord-ouest argentin, et ce que nous découvrons est époustouflant. La quebrada de Humahuaca débute sous nous yeux ébahis par la formation dite de l’épine du diable, où formes et couleurs se mélangent pour donner ce paysage spectaculaire.

La route 9 descend jusque Humahuaca, cela nous permet de bien profiter des paysages aux mélanges de couleurs incroyables, entre millefeuille géologique et canyons rougeoyants. La vieille ligne de chemin de fer apporte la touche de charme finale.

Quelques petites montées pour changer de vallée, et nous arrivons à Humahuaca au coucher du soleil. Les couleurs sont moins présentes dans les derniers kilomètres, les paysages sont plus pelés, exception faite des cactus qui font leur apparition, mais les dernières lumières du jour soulignent les reliefs.

Le lendemain, après le petit-déjeuner et de la tarte au citron au marché, nous nous mettons en quête d’un transport pour aller voir la “montagne aux quatorze couleurs” (ou Hornacal) conseillée par le couple suisse rencontré au salar de Surire. 40 min de camioneta plus tard et 1400 m plus haut, nous atteignons le mirador d’où nous pouvons observer les fameux plis colorés… assez impressionnant en effet. Notre chauffeur nous faut sourire avec ses mises en garde sur l’altitude et la difficulté à se déplacer 😁.

Au loin, la quebrada de las Señoritas

Au retour, après quelques empanadas, la rencontre de Franz, Sophie, Romane et Bastien, une glace, une sieste et la réparation de la première crevaison du voyage (la carriole à dû rouler sur quelque chose d’inamical en arrivant la veille), nous déambulons dans cette ville touristique où règne une activité fébrile : le lendemain le président vient ici faire un discours au pied du monument à l’indépendance, pour son bicentenaire (de l’indépendance, pas du président).

Vendredi 8 juillet nous reprenons la route et nous ne sommes pas seuls : veille de la fête nationale, ce jour est férié, et la zone étant touristique la circulation est dense (et contrairement au Péruviens et aux Boliviens, les Argentins ont des voitures particulières).

Un panneau qu’on aime bien

Les couleurs reprennent dans les montagnes et nous nous nous arrêtons à Uquia pour aller marcher dans la rougeoyante et magnifique quebrada de las Señoritas

Un peu de pluie et de vent nous fait repartir, et après le pique-nique et avoir laissé passer le président, nous franchissons le tropique du Capricorne. 

Pique-nique avec vue

El volcán Yacoraite

Nous aurions bien dansé sous le soleil du tropique 🎶 mais de soleil il n’y avait point aujourd’hui, alors nous sommes allés jusque Tilcara.

Nous posons nos sacoches dans la super auberge de jeunesse Waira et filons visiter le musée archéologique de la ville. 

Encore un musée archéologique pensez-vous ? Sachez que Tilcara est un des rares sites (qui se comptent sur les doigts d’une main) où les civilisations précolombiennes d’Argentine ont laissé des traces construites. De manière plus terre à terre, le soir nous passons au marché et cuisinons, ça fait du bien.

Samedi 9 juillet, jour du bicentenaire de l’indépendance de l’Argentine et fête nationale, nous commençons la journée par un petit-déjeuner gargantuesque… elle est vraiment bien cette auberge de jeunesse ! Puis nous allons visiter la pucará (forteresse) de Tilcara, et son jardin botanique. 

Nous partons en début d’après-midi, au milieu des cars de touristes argentins. Comme toujours, les montagnes sont colorées : la formation de la “palette du peintre” par exemple. Un bref arrêt pour voir la posta de Hornillos, lieu historique on ne sait plus trop pourquoi, et nous bifurquons sur la route 52 et atteignons rapidement Purmamarca.

La palette du peintre

Un peu avant de quitter la route 9

C’est encore plus touristique ici ! Notamment la place centrale, où comme le dit Cassandre : “ils vendent tous la même chose”. Malgré les prix délirants, Marie nous dégotte un bon plan routard pour dormir. Le soleil se couche (c’est ça de traîner en route pour contempler les montagnes colorées !) et nous allons marcher près de la “montagne aux sept couleurs”… pas très longtemps car en chemin nous sympathisons avec Vincent et Constanza, et nous discutons plutôt que nous marchons.

Après une bonne douche, nous découvrons les peña pour le dîner : cuisine locale et concert. On retrouve Vincent et Constanza, et les enfants sont déchaînés… il faut dire que le rythme argentin est dur pour eux : nous mangeons trop tard et les nuits sont raccourcies… vivement quelques bivouacs que nous nous reposions.

Le lendemain matin, nous empruntons à vélo la piste qui fait le tour de la montagne aux sept couleurs, c’est très chouette.

Et pour la suite : allons nous retourner sur la route 9, ou bien continuer sur la 52 et passer par les montagnes pour rejoindre Salta 😏 ?

Aller-retour à Sucre via Potosí depuis Uyuni : vacances dans le voyage

À Uyuni, ville pas si poussiéreuse que cela, mais royaume des 4×4 et hautement touristique (si on en juge par le nombre d’hôtels, restaurants et agences proposant des excursions… Pas vraiment par le nombre de touristes en cette fin juin), nous comblons nos frustrations culinaires en y restant 2 nuits le temps de réfléchir à la suite de notre trajet : nous mangeons dans la rue, au marché, salteñas à toute heure, tablettes de chocolat à gogo, et plein de trucs gras, sucrés et salés ! 😋

Nous avions lu ou entendu beaucoup de désintérêt pour cette ville “poussiéreuse perdue au milieu de nul part”. Nous la trouvons vivante et grande, avec la zone touristique limitée à une ou deux rues contenant les agences, hôtels et restaurants, et qui se finit par une base militaire. Nous en aurons croisé des bases militaires dans des coins perdus en Bolivie : Patacayama, Lagunas, Llica, Uyuni… À chaque fois nous les trouvons “mignonnes” avec leurs coupoles et leurs jolis camouflages aux formes arrondies, et nous nous attendons presque à en voir surgir un improbable engin volant, comme dans un film de Hayao Miyazaki. Le reste de la ville est bel et bien animé et vivant. Mais surtout, Uyuni est un nœud de transports : bus et train. Pour le train, nous y reviendrons… Pour le bus, nous embarquons à 7h samedi 25 juin pour Potosí où nous arrivons 3h30 plus tard. Et oui, nous avons décidé de nous octroyer des vacances loin des vélos pendant quelques jours pour visiter quelques grandes villes boliviennes.
Les paysages sur la route sont jolis, mais secs, arides, avec quelques vallées avec des rios plus ou moins asséchés et des arbres (ça faisait longtemps qu’on en n’avait pas vus !)… et avec pas mal de dénivelé (que cela a l’air facile en bus !). Mais quand le bus est entouré d’un brouillard de sable au point de devoir s’arrêter, et qu’on entend les grains de sable propulsés par le vent fouetter la carrosserie, nous pensons à José qui veut emprunter cette route à vélo quelques jours plus tard… Nous ne pourrons pas vous raconter tout le trajet, nous avons aussi bien dormi (tout en se déplaçant, n’est-ce pas incroyable ?).

Pour arriver à Potosí, ça grimpe, au milieu de terrils grisâtres aux flaques de couleurs inquiétantes, déchets des mines. Et pourtant, une fois arrivés dans le centre (en finissant avec un bus de ville, encore une fois un vieux bus japonais, mais encore plus vieux que ceux d’El Alto), la ville n’est que couleurs, avec en toile de fond le majestueux Cerro Rico, qui fait et a fait la richesse et le malheur des habitants.

Difficile de l’oublier tant il est beau et imposant… même de nuit sa silhouette persiste, tracée par les lumières des mines sur ses flancs. Nous commençons par visiter la cathédrale, à l’intérieur aux couleurs douces, et à la belle vue sur la ville depuis son clocher.

Il n’y a pas énormément de choses à visiter à Potosí, mais il y a beaucoup d’églises, beaucoup, beaucoup d’églises. C’est animé autour de midi : il y a un grand carnaval des écoles, avec fanfare évidemment (les fanfares sont omniprésentes en Bolivie, et les jeunes Boliviens plutôt assidus avec leurs instruments), et costumes.

Nous visitons ensuite la casa de la moneda où furent frappées des pièces de l’époque espagnole jusqu’à la fin du siècle dernier. Pour une fois la visite est en Français, ce qui permet à Cassandre de suivre. Nous apprenons pas mal de choses, entre histoire de Potosí et détails numismatiques.

Nous finissons l’après-midi en flânant dans les rues, faisant réparer au passage la fermeture éclair de la polaire de Cassandre, pour finir dans le quartier des universités dans un resto végétarien. Potosí est une grande ville universitaire, ce qui la rend encore plus vivante !
Le lendemain, avant d’attraper un bus pour Sucre à la mi-journée, nous déambulons encore dans les rues : nous profitons de l’ambiance de la ville, et découvrons encore quelques églises.

Cette fois-ci c’est à une course d’étudiants que nous assistons, et aux sorties des différentes messes (c’est dimanche, et les églises ne manquent pas). Nous goûtons l’api… et aussi quelques salteñas 😋.
Les 3h de bus pour Sucre passent vite, en faisant la sieste et en observant les paysages qui verdissent : des arbres apparaissent de plus en plus nombreux, et du vert près des rios au fond des vallées. Sucre est à environ 2800 m d’altitude et le climat y est plus clément que sur l’altiplano, nous posons enfin les doudounes.

Nous restons 4 jours à Sucre. Le centre historique, autour de la place 25 de Mayo est très agréable avec ses multiples bâtiments coloniaux, ses façades blanches sous le ciel bleu, taguées de grandes déclarations d’amour, ses bons restaurants, ses chocolateries, son marché très agréable (comme tous les marchés en Bolivie et au Pérou)…

Nous assistons lundi 27 juin à un très grand défilé militaire… aux participants plus ou moins assidus et mélangés à la foule et aux vendeurs de rue. Nous avions déjà remarqué le fort patriotisme et militarisme des Boliviens, ils nous paraissent moins paisibles que leurs voisins.
Les musées sont d’un très bon niveau, c’est agréable. Les enfants apprécient la collection de masques du MUSEF.

Les tissus exposés au musée ASUR, tissés par des ethnies de la région entourant Sucre, sont également superbes. Nous aurions bien aimé visiter le musée Charcas, mais il était fermé à cause de grèves.

La matinée passée au parc du Crétacé a également été appréciée par tous, entre statues kitsch et squelettes de dinosaures, et observation des traces de pas sur la gigantesque falaise de Cal Orcko, au milieu d’une cimenterie.

La ville est installée dans une zone collineuse, il est assez facile d’avoir de jolis points de vue, et les collines qui émergent un peu partout, urbanisées ou non, rajoutent du charme à cette très jolie ville.

Nous passons aussi un peu de temps avec Camille, Basile et Anaïs, famille suisse qui remonte de l’Argentine, rencontrés dans le bus et recroisés ensuite. Les enfants profitent de pouvoir jouer en français avec des enfants de leur âge, assez rare pendant le voyage.

C’est par un bus de nuit que nous retournons à Uyuni, profiter d’une dernière journée là-bas, tenter de récupérer une des chaussettes d’Hector disparues à la laverie (finalement , l’employé nous en offrira une nouvelle paire), nous amuser au parc et dans la décharge/cimetière des trains avant d’en prendre un bel et bien roulant, pour l’Argentine.

La nuit dans le bus n’est pas de tout repos entre la réparation du bus au milieu de la nuit, le chien qui vomit partout dans l’allée, et l’arrivée à 4h30 lorsqu’il gèle à pierre fendre.

Nous avons beaucoup hésité à rejoindre Villazón (à la frontière argentine) par le train car la route est réputée superbe, mais très difficile, et en partie non asphaltée. Comme nous aimons beaucoup prendre le train, et que nous avons déjà passé pas mal de temps en Bolivie (il nous faudrait une dizaine de jours pour parcourir cette route), nous choisissons donc de prendre ce raccourci ferroviaire et d’avoir plus de temps pour découvrir le nord-ouest de l’Argentine.

De Colchane à Uyuni : deux salars, tout à pied, et à vélo

Nous partons de Colchane vendredi 17 juin, Marie s’est bien reposée et après un passage ravitaillement, nos réserves de liquide chilien sont à sec, nous devons partir. La frontière n’est qu’à 2 km, nous y arrivons vite et c’est le choc : côté bolivien, il y a des déchets partout, du sable et un très fort vent qui se lève. Les formalités de passage sont trop longues à notre goût, surtout avec les insupportables bus de Boliviens qui essaient de doubler dans la queue. Petite vengeance de la douane bolivienne par rapport au Chili : apparemment ici on ne peut pas importer fruits et légumes (du Pérou, on fait passer ce qu’on veut), dommage, ils ont la flemme de fouiller nos sacoches et ignorent la carriole… Nous conservons nos provisions.

À Pisiga, ville poussiéreuse battue par les vents, nous essayons de trouver un transport pour nous emmener au bord du salar de Uyuni : les différents passages entre les salars de Coipasa et Uyuni sont réputés très sableux, et nous avons eu notre dose de sable. Nous n’y arrivons pas : le seul que nous trouvons est à tarif prohibitif (~230€ pour 3h de 4×4) et personne d’autre ne veut car demain il y a une grande feria ici. Vers 13h nous abandonnons et suivons notre plan B : nous partons pour Sabaya. Les 40 km sont vite parcourus : la route est bétonnée, et malgré les quelques montées, le fort vent de dos nous aide. Les 15 derniers kilomètres défilent à 40 km/h.

Arrivés à Sabaya, nous trouvons une chambre puis nous nous mettons en quête d’un transport : chou blanc, toujours à cause de cette fête à Pisiga. Marie craque, elle est encore fatiguée par son otite. Nous nous résolvons à rejoindre Uyuni par nos propres moyens et gonflons nos provisions faites à Colchane et Pisiga de 4 à 10 jours d’autonomie. Poulet grillé, frites maison et coca-cola dans un resto de rue plus tard, et le moral s’est amélioré.

Nous discutons tôt le lendemain matin avec un guide : pour lui, la meilleure route pour le salar d’Uyuni est de sortir du salar de Coipasa par l’ouest et de rejoindre Llica. La piste ici serait meilleure et moins sableuse, les autres options par le sud de Coipasa (autour du volcan Tunupa, ou bien par Salinas de Garcí Mendoza, ou Villa Victoria) sont beaucoup plus sableuses d’après lui.

Notre porte d’entrée du salar de Coipasa est par Villa Vitalina, à 30 km de piste, mauvaise selon les locaux. En fait la piste (ou plutôt le faisceau de pistes) est un vrai billard et nous arrivons à Villa Vitalina pour midi. Après un pique-nique sur une place d’armes déserte (et bordée de quelques maisons superbes, étrange contraste), nous filons vers le salar.

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La piste principale part vers le village de Coipasa, à l’est de l’île au milieu du salar. Comme nous voulons contourner l’île par l’ouest, nous quittons la piste. Nous commençons à nous embourber assez régulièrement, tous les 2 m, jusqu’à ne plus pouvoir avancer. La partie nord du salar de Coipasa est constituée de boue en croûte de sel, nos roues cassent délicatement la croûte fragile (de quelques millimètres seulement) et s’enfoncent dans la boue. Il est impossible de prévoir si la croûte va tenir, ni la couleur, ni les formes sur la couche ne nous renseignent sur l’état de la boue en dessous.
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Après avoir bien enduit les vélos de boue, nous regagnons rapidement la piste ! Arrivés au bord de l’île, nous prenons la piste vers l’ouest et gagnons la bande de terre au nord de l’île de Coipasa, où nous bivouaquons (toutes ces pistes principales sont visibles sur OpenStreetMap).

Le lendemain, dimanche 19 juin, nous passons par le poste de contrôle sur l’ancienne base de la mine d’exploitation du sel (et oui, il y a des militaires ici, le Chili est proche, et il y a aussi divers trafics, sur lesquels les autorités n’ont pas l’air très regardantes…) et vérifions la route. Llica est bien à 80 km, mais tout en salar d’après eux, nous sommes sceptiques. Nous suivrons quand même leurs indications, qui collent avec le trajet repéré sur la carte, et ce sera en fait 30 km de salar et 50 de piste.

Le salar est dur ici, même si la couche superficielle est légèrement humide et colle aux pneus. Il est extrêmement blanc, et comme il fait très froid dessus (le soleil ne le chauffe pas), environ 3°C, et avec la réverbération, nous le traversons habillés en ninja, sans bout de peau qui dépasse. C’est grisant de rouler sur cette immense étendue, avec les montagnes qui flottent dessus au loin. Avec le blanc, le froid et le bruit des pneus sur le sel, on se croirait presque aux sports d’hiver. Cette partie est vraiment très belle, avec le sel qui a séché en polygones.

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Les 30 km, entrecoupés d’un pique-nique, passent vite. Quelques kilomètres après la sortie, c’est le début du sable : le trajet jusque Llica est à peu près plat, mais très sableux. Nous avons droit à de grandes lignes droites, avec de grandes ornières en sable, où il nous faut parfois pousser à deux la carriole. Après même pas 10 km, nous nous arrêtons, il est 17h, nous amarrons la tente comme nous pouvons sur le sable pour résister au vent et nous endormons après des pâtes à la sauce tomate, renforcées au thon.

Le lendemain, c’est encore une journée passée à pousser dans le sable, il est cinq heures du soir, on a poussé tout le jour 🎶… La Bolivie n’a peut-être plus d’accès à la mer (énorme traumatisme ici) mais elle a des kilomètres de plage : les locaux les appellent pistes, mais nous, tout ce sable nous faut plutôt penser à des plages. La journée est longue, très longue, et très dure, pour seulement 25 km. Et les paysages ne sont même pas extraordinaires. Nous nous échouons sur un banc de sable à seulement 2 km de Challacollo. Comme la veille : amarrage comme nous pouvons sur le sable, et pâtes thon-tomate.

Mardi 21 juin, nous parvenons enfin à rejoindre Llica en début d’après-midi au prix de longues sessions de poussage. Un almuerzo, quelques courses, filtrage de 10L d’eau plus tard et nous sommes parés pour traverser le salar.

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On ne peut pas dire que les locaux connaissent bien leur région au delà de quelques kilomètres (que d’informations inexactes nous avons eues, heureusement que notre cartographie était bonne), et sur la fameuse piste pour Llica par laquelle “tout le monde passe”, nous n’aurons rencontré personne : ni locaux, ni touristes… All by myself 🎶

Nous bivouaquons au bord du salar de Uyuni en ce jour du solstice d’hiver, et c’est la pleine lune qui nous régalera de son lever dans la porte de notre tente peu après le coucher du soleil.

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Le mercredi 22 juin, nous mettons le réveil avant le lever du soleil : nous avons 75 km à parcourir jusqu’à l’île Incahuasi au milieu du salar. Tant qu’à traverser le salar, nous allons en effet le faire dans sa plus grande longueur, et sur les jours les plus courts de l’année 😓. Il fait seulement -10°C au réveil, mais nous avons trop froid aux mains pour plier efficacement (et bon, plier des duvets, rouler des sacoches ou plier une tente avec de gros gants, c’est comme jouer du piano en moufles, ce n’est pas pratique), nous ne partons qu’à 9h30.

3 km de piste en tôle ondulée pour le plaisir et nous nous élançons sur la piste billard du salar. Avec le froid et un léger vent de face, nous roulons à 16 km/h. Le sel ici est moins blanc, pollué par du sable, légèrement jaunâtre (celui de Coipasa est beaucoup plus blanc), mais le salar est immense, et la rotondité de la Terre ne nous fait apparaître les différentes “îles” que petit à petit.

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Pause goûter au bout de 25 km, puis pause repas au bout de 50 km, sur la plage d’une petite île en face de celle del Pescado. Nous en profitons pour prendre quelques classiques photos en jouant avec la perspective.

Nous ne repartons qu’à 15h pour les 25 derniers kilomètres, en accélérant à 18 km/h. Sur les tous derniers, la piste est bien abîmée par la prolifération des 4×4, bien qu’il n’y en ait qu’une dizaine sagement alignés lorsque nous arrivons sur l’île Incahuasi.

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Nous n’aurons croisé qu’un couple de motards allemands sur notre trajet. Ce soir, nous dormirons dans une petite salle avec vue sur le salar en compagnie de José, cycliste espagnol venu de la ruta de las lagunas et carburant comme nous aux pâtes thon-tomates. Il nous faut quand même attendre que le couple ayant passé toute l’après-midi à se soûler ne vident les lieux (à coup d’alcool comestible à 96° dilué à l’eau chaude).

Au réveil, il fait 3°C dedans, Guillaume sort photographier le lever de soleil du haut de l’île, en compagnie des occupants de la dizaine de 4×4 arrivés juste avant. Nous partons à 9h, après exploration de l’île et de ses cactus par les enfants.

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Il fait -2°C malgré le soleil, Cassandre retourne vite dans la carriole, où elle restera finalement toute la journée. Cette fois-ci, nous faisons un arrêt tous les 15 km pour rompre la monotonie, tous nos paquets de gâteaux vont y passer ! Ce rythme efficace nous convient bien à tous.

Le salar est bien abîmé ici par le passage des nombreux 4×4 : les fragiles bordures des polygones de sel, au lieu de dépasser, sont creusées et élargies, et nous pédalons sur un dallage à la romaine… ça tape ! Puisque le Dakar a maintenant lieu ici, pourquoi pas le Paris-Roubaix ? Ceci dit, en discutant, nous sommes bien plus rapides que chacun concentré sur son vélo, et une fois les températures redevenues positives (incroyable ce que lutter contre le froid prend comme énergie l’air de rien) nous pédalons à 19-20 km/h (le petit vent de dos nous aide aussi). De temps en temps nous traversons des zones “minées” de trous dans le sel… idéal pour se réveiller quand il faut trouver en temps réel la trajectoire minimisant la probabilité d’y mettre une roue de la carriole, sans ralentir (heureusement, cette carriole est très solide 😇). Ces trous sont d’ailleurs l’occasion de se rendre compte de la faible épaisseur de sel par endroit, et de la profondeur de l’eau dessous.

Nous retrouvons José en milieu d’après-midi au bout de 60 km, près d’un ancien hôtel de sel reconverti en restaurant, et nous prenons les classiques photos près de la forêt de drapeaux et des sculptures en sel. C’est avec lui que nous parcourons les 15 derniers kilomètres jusque Colchani, un peu émus tout de même de laisser cet impressionnant désert de sel derrière nous. Un peu de piste pour rejoindre la grande route… pas pour le plaisir, mais parce que la route à côté est pire que la piste.

Nous sommes chargés à bloc pour rejoindre Uyuni à 20 km et engageons une course contre le soleil. Des travaux de construction de péage sur la route ? No desvio para los ciclistas, José comme nous avons eu notre compte de pistes, nous restons sur l’asphalte et traversons les chantiers sans encombre à cette heure tardive. Nos ombres s’étirent démesurément, mais c’est avec un soleil encore rond au dessus de l’horizon que nous franchissons le panneau Uyuni 🙌. Un peu plus de 6h de pédalage et 100 km, quelle journée. Nous trouvons facilement un hôtel, une churasqueria pour le dîner, une douche moyennement chaude et au lit !

(En fait nous ne sommes même pas si crevés que ça 😎)

P.S. : pas beaucoup de photos dans cet article, les téléphones ne sont pas complètement insensibles au froid répété comme l’est le reflex (qui, avec un changement de batterie par mois a assez de batteries chargées pour jusqu’à Santiago au moins 😇).

De Sajama à Colchane : péripéties chiliennes

Nous repartons mercredi 8 juin de Sajama pour franchir la frontière, confiants… Hélas la piste de sortie du Sajama qu’on nous avait indiquée comme bonne est à peine meilleure que les autres du parc… au moins descend-elle globalement pour nous.
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Arrivés au bout, nous avons une mauvaise surprise au poste de contrôle : l’entrée du parc a augmenté cette année de 40 à 100 bolivianos par personne, et évidemment il n’y a aucune indication du prix aux autres entrées du parc sans poste de contrôle. On discute avec le gardien et il ne nous fait payer qu’une seule entrée, ça soulage nos réserves de liquide même si c’est moche de marchander l’entrée (plutôt la sortie) d’un parc.

Nous retrouvons alors l’asphalte bien-aimé, pour rejoindre Tambo Quemado. La longue ligne droite est interminable, surtout que le vent se lève encore aujourd’hui tôt et fort et que le soleil est voilé. De part et d’autre des oiseaux, dont des flamands roses, font du patin à glace sur les lagunes gelées. Nous pique-niquons avant Tambo Quemado puis nous attaquons le deuxième marchandage de la journée : arriver à infléchir le pompiste de Tambo Quemado pour nous remplir notre bidoncito… à coup de vida o muerte et en payant le prix fort nous gagnons notre autonomie en carburant malgré les “es prohibido” (et encore, nous ne lui avons pas demandé de remplir notre réserve spéciale carburant de mauvaise qualité : une petite bouteille de coca pleine d’essence dans la carriole). Nous essayons également de compléter nos sacoches (après avoir dépouillé les tienda de Sajama), mais les tienda boliviennes sont décidément bien mal fournies.

Et la journée n’est pas finie : devant nous s’étirent 7 km de montée, avec un col à 4700 m, frontière avec le Chili. Petit rappel des conditions météo : ciel voilé et fort vent… de face. Il nous faudra plusieurs heures pour y arriver, en pestant et poussant les vélos. Cassandre finira dans la carriole, Guillaume finissant le col en pédalant (il n’est possible de déplacer la carriole avec deux enfants et le plein de provisions qu’en pédalant), heureusement que l’altitude ne nous dérange plus !

C’est frigorifiés et sur le tard que nous basculons au Chili, où nous avons instantanément le même sentiment : nous nous y sentons comme à la maison. 200 m plus bas, nous croisons un troupeau de suris, nom local du nandou, et de vigognes, puis nous dépassons la longue file de camions pour arriver au complexe frontalier (un nouveau est en construction au col, pour fin juillet).
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Tampons de sortie de Bolivie, puis formalités chiliennes : immigration, contrôle des bagages par la SAG (ministère de l’agriculture) et enfin déclaration de nos vélos. Le personnel chilien est très sympathique, nous discutons beaucoup malgré la présence de nombreux cars, où tous les passagers passent en même temps. Concernant la nourriture, ils veulent surtout empêcher l’entrée de produits frais (à cause de la mouche du fruit notamment) et graines non sèches (ils contrôleront nos quinoas et pois cassés vus au scanner). Comme il fait déjà nuit nous leur demandons s’il est possible de dormir ici, il n’y a aucun problème. Après une si longue journée c’est même encore mieux : nos vélos couchent dans le garage des carabiniers, nous dormons dans une chambre chauffée des locaux de la SAG dont le personnel nous invite à manger avec eux, au coin d’un poêle. Nous passons une super soirée ! Et une très bonne nuit alors que le thermomètre descend à -19°C dehors.

Le lendemain, Guillaume part en mission ravitaillement : nous avons beau avoir changé nos dollars, ça pourrait être un peu juste, et il nous faut des produits frais et compléter ce que nous n’avons pas trouvé en Bolivie. À l’ouverture de la frontière, c’est en stop qu’il descend à Putre à 60 km de là, en camion puis camionnette. Ce fut une agréable rencontre avec un de ces nombreux camionneurs boliviens qui font des allers-retours jusqu’à la mer avec les containers.
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Contre toute attente, il parvient à retirer une seule fois 100 000 $ (chiliens 😉) au capricieux DAB de Putre. Quelques courses plus tard et c’est chargé de sacs qu’il attrape un bus pour le retour. Pendant ce temps Marie, Cassandre et Hector ont profité du temps clément autour de la lagune pour observer les traces d’animaux (et membres d’animaux morts), et marcher sur la glace.
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Tout s’est passé comme sur des roulettes et à 14h30 nous sommes prêts à partir, sacs étanches pleins de nourriture et poches à eau remplies à rabord formant des excroissances sur les vélos. Un dernier au revoir aux différents douaniers nous ayant si bien accueillis et nous filons sur l’A-95.
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Enfin… filer… Nous poussons plutôt. Nous mettons 2 h pour parcourir dans le sable les 5 premiers kilomètres jusqu’à un col à 4700 m, puis 15 min pour les 5 suivants jusqu’aux thermes de Churiguaya. Elles sont bouillantes, nous en profitons le soir avant le repas, et le lendemain pendant le petit-déjeuner. Nous avons planté la tente dans un petit cirque qui nous protège du froid glacial de la nuit, alors que le ruisseau en amont de la source chaude est entièrement gelé au matin.
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Après nous être bien réchauffés aux thermes, nous pédalons dans les collines du parc Las Vicunas, franchissons quelques gués gelés, tenons compagnie aux vigognes et observons le volcan Guallatiri qui fume.
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Notre pause de midi, à côté d’une patte de suri, sera agrémentée du survol d’un condor. Nous rejoignons ensuite une piste plus large parcourue par les camions allant au salar de Surire.
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Il y a pas mal de sable, nous poussons encore un peu. Nous posons la tente avant Guallatire, près de jolis rochers sortant çà et là de la pampa.

Réveil matinal samedi 11 juin par le ballet des camions. Nous prenons un deuxième petit déjeuner à l’hospedaje de Guallatire, village quasi désert au pied du volcan du (presque) même nom. C’est le seul commerce du village, nous dévalisons leurs 3 paquets de gâteaux et quémandons un peu de ce pain frit du petit-déjeuner. Les enfants jouent un peu sur des jeux rouillés tout en observant les fumerolles sur les pentes du volcan.
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Nous repartons tardivement, mais la route est bonne. De l’eau et un peu de végétation apparaissent au creux d’une vallée, c’est agréable. Tout autour c’est le royaume du minéral : sables et roches grises, jaunes, blanches, rouges, dans lesquels nous replongeons rapidement.
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À la pause de midi plusieurs voitures de carabiniers s’arrêtent, très impressionnants avec leurs gilets pare-balles et leurs fusils d’assaut. Certains nous proposent même de nous emmener jusqu’au salar (25 km), mais confiants suite au rythme de la matinée, nous refusons. C’est une erreur que nous regretterons toute l’après-midi tant la partie sableuse que nous venions de commencer nous ralentira. Malgré les encouragements des camionneurs, dont un nous donne une pomme bien appréciée, nous ne parcourons que 10 km avant de poser le camp, démoralisés, à côté d’une petite cabane.

Le lendemain matin, nous avons droit à un réveil pour nous apporter le petit-déjeuner au lit : à 7 h un pickup de l’exploitation du salar s’arrête et on nous dépose gâteaux et sandwichs… royal ! Nous pédalons ensuite sur une bonne piste et les 15 derniers kilomètres sont vite parcourus.
Devant nous s’étend maintenant le salar de Surire, avec ses zones sèches, exploitées, et ses zones humides, refuges de volatiles.
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Nous pique-niquons en face du site de chargement des camions puis Marie et Cassandre vont chercher de l’eau aux baraquements… si nous ne venions pas de manger nous aurions pu déjeuner là-bas ! Elles avalent deux desserts supplémentaires puis reviennent chargées d’eau, de fruits et de gâteaux. Les Chiliens sont décidément d’une très grande générosité. Nous contournons le salar par le Sud.
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La piste est bonne jusqu’au refuge Conaf. Le gardien n’y est pas, contrairement aux viscaches, peu farouches, au grand bonheur de Cassandre. Plutôt que d’attendre le gardien, nous décidons de continuer pendant encore 1h pour nous rapprocher des thermes de Polloquere, 20 km plus loin. Nous ne parcourons que 5 km sur de la calamina très sableuse avant de poser la tente au milieu des vigognes et d’aller voir les flamands roses en bord de lagune au coucher du soleil.
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La nuit n’est pas froide et le repliage du camp beaucoup plus efficace ! Nous repartons sur 15 km de calamiteuse calamina. Marie et Cassandre arrivent assez souvent à trouver un passage, mais pour Guillaume et la carriole, trouver 3 passages séparés de 45 cm pour faire passer toutes les roues relève de la gageure. Il reste donc au choix : pousser à 3-4 km/h, ou quand la tôle ondulée ne dépasse pas quelques centimètres rejouer Le salaire de la peur. Nous arrivons aux thermes de Polloquere pour midi où nous rencontrons un couple de Suisses vivant en Australie, en Amérique du Sud depuis 2 ans et ici depuis 4 jours dans leur camion aménagé. Ils nous ravitaillent en pain brun allemand, miam (acheté en Uruguay… vous avez suivi ?) ! Après un pique-nique à l’abri du vent, nous allons tremper les jambes dans le bleu des thermes, qui tourne au gris car nous soulevons la vase bouillante.
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Nous repartons à 14h et poussons dans le petit col qui nous amène en Bolivie pour quelques kilomètres… le hasard des limites géographiques ! Nous bivouaquons sur une lagune asséchée dont le blanc de la terre craquelée et les cailloux noirs donnent un aspect lunaire à la lumière de la lune et des étoiles.

Mardi 14 juin, nous rentrons dans le parc Volcan Isluga. C’est à nouveau désertique, mais nous sommes entourés de volcans, c’est très impressionnant. La piste est inégale, il faut encore parfois pousser. À quelques endroits nous passons sur de la poussière grise légèrement croûtée, mais qui s’envole instantanément comme de la farine, c’est étrange.
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Un peu plus loin nous suivons des quebradas : cours d’eau encaissés où tout est vert (et jaune) et où pullulent des oiseaux.
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Un éleveur de lamas et d’alpagas vient en bord de route pour discuter avec nous, il a l’air tellement heureux ici. Nous bivouaquons à côté d’un point de vue sur la vallée en contrebas, au milieu d’arbres rouge sang, on se croirait dans La guerre des mondes. La végétation luxuriante à cet endroit était un bon indice : nous passons une très bonne nuit chaude.

Nous travaillons l’équilibre dans la descente des hauteurs des quebradas sur les pistes sableuses : à 40 km/h quand ça glisse ou que ça tape, c’est à coup de bassin qu’il faut maintenir la trajectoire.
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En bas, dans la vallée jaunie, il fait froid. La plupart des villages sont déserts, avec beaucoup de maisons en ruines. Avec les silhouettes imposantes des volcans nous entourant, cela fait un peu décor de fin du monde. La piste est très bonne dans la vallée et nous retrouvons rapidement la civilisation en traversant Enquelga et Isluga (que les villages perdus ici paraissent modernes avec leurs chauffe-eaux solaires et compagnie, comparés aux villages du Pérou et de la Bolivie).

Nous arrivons à Colchane mercredi 15 juin en début d’après-midi, cela faisait longtemps que nous n’avions pas parcouru aussi rapidement 35 km. Nous y posons nos sacoches 2 nuits, c’est tout ce que nos réserves de pesos nous permettent, mais Marie en a bien besoin pour se remettre d’une otite carabinée (après la policlinica péruvienne, nous avons la joie de tester le centro de salud chilien, avec son médecin de campagne débordé). À 2 km de la frontière, entouré de volcans et avec son vieux poste frontière (chouette, une possibilité d’urbex !) l’ambiance à Colchane n’est pas si étrange et les enfants profitent des jeux tout neufs installés sur la place principale.

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